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Lettres ouvertes au village

Lettre ouverte pour une communication plus consciente et constructive dans notre village

Mariona Casals Martin · Version du 14 octobre 2026

Chers habitants/tes, professionnels, bénévoles du village et parents de l'école d’Esplas-de-Sérou.

Face à une incompréhension, un désaccord ou une difficulté relationnelle, une question me semble essentielle: qu'est-ce que nous souhaitons réellement ? Souhaitons-nous comprendre ce qui s'est passé, entendre les différents points de vue et rechercher ensemble des solutions ? Ou voulons-nous nous enfermer dans nos positions individuelles où chacun cherche à démontrer qu'il a raison, à se défendre ou à désigner UN responsable (quand on est tous co-responsables) à travers des interprétations et jugements vers l’autre ?

Cette question mérite d'être posée à chacun de nous, y compris à nous-mêmes. Car au-delà de nos désaccords, nous avons toujours la possibilité de choisir entre alimenter la confrontation et/ou ouvrir un chemin vers la compréhension et la coopération.

En tant que mère de deux filles scolarisées à l'école du village et secrétaire du Comité d’Esplas-de-Sérou, diplômé en Psychologie et spécialisé en Intervention Social, je souhaite partager une réflexion personnelle qui me tient à cœur : la manière et les effets dont nous communiquons les uns avec les autres, dans notre vie professionnelle, associative et citoyenne.

Nous partageons un même village, des projets communs et des espaces de vie où nos chemins se croisent. Les désaccords sont naturels et peuvent même être enrichissants (si est qu’on le souhaite). Ainsi, la manière dont nous les exprimons peut favoriser le dialogue ou, au contraire, créer des incompréhensions et des tensions.

Une distinction me semble essentielle : celle entre les faits observables et les interprétations que nous faisons de ces faits et les différents effets qu’elles produisent dans notre communication.

Un fait est un élément concret que l'on peut décrire et vérifier objectivement. Une interprétation est le sens subjectif que nous lui donnons, parfois influencés par notre histoire, nos émotions, nos attentes ou nos expériences personnelles.

Par exemple, dire « Je n'ai pas reçu de réponse à mon message » décrit une situation observable. Dire « Tu ne me respectes pas puisque tu ne m'as pas répondu » ajoute une interprétation sur les intentions de l'autre, qui ne correspond pas nécessairement à sa réalité.

Lorsque nous présentons nos interprétations comme des certitudes, nous risquons de prêter aux autres des intentions qu'ils n'ont pas, de provoquer un sentiment d'injustice et de rendre le dialogue plus difficile. L'échange peut alors se transformer en confrontation, chacun cherchant à se défendre plutôt qu'à comprendre.

À l'inverse, lorsque nous prenons le temps de décrire les faits, de reconnaître nos impressions comme personnelles et de poser des questions avant de conclure, nous créons un espace propice à l'écoute, à la clarification et à la confiance.

La neutralité dans la description des faits ne signifie pas l'absence d'émotions, ni le renoncement à nos convictions. Elle consiste à distinguer ce que nous observons de ce que nous supposons, tout en assumant nos ressentis et en restant ouverts au point de vue de l'autre.

Cette démarche rejoint les principes de la communication non violente : observer sans juger, exprimer ce que nous ressentons, reconnaître nos besoins et formuler des demandes claires. Elle nous invite à parler depuis notre propre expérience plutôt qu'à définir celle des autres.

Dans nos associations, relations professionnelles comme dans notre rôle de parents et de citoyens, cette attention est précieuse. Nos mots ont des conséquences sur la confiance, la coopération et le sentiment de pouvoir trouver sa place.

Comme dit Marshall B. Rosenberg dans le titre de son livre sur la Communication non violente:

« Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). »

Il partage que nos mots peuvent soit ouvrir un espace de rencontre, de compréhension et de connexion, soit créer des murs qui nous séparent, nous blessent ou nous enferment dans des jugements.

Nous ne sommes pas obligés d'être d'accord pour nous respecter. Nous n'avons pas non plus besoin de renoncer à nos émotions pour communiquer avec bienveillance. Nous pouvons exprimer un désaccord, poser des limites et aborder des sujets difficiles sans transformer nos impressions en accusations.

En tant que mère, je souhaite que nos enfants puissent grandir dans un environnement où ils apprennent à exprimer ce qu'ils ressentent, à écouter les autres et à faire la différence entre ce qu'ils savent et ce qu'ils imaginent. En tant que membre engagée dans la vie associative de notre village, je souhaite contribuer à des relations fondées sur la confiance, le respect et la coopération.

Cette responsabilité nous concerne toutes et tous. Elle commence parfois par un geste simple : décrire avant d'interpréter, questionner avant de conclure et chercher à comprendre avant de juger.

Prendre soin de notre communication, c'est aussi prendre soin de nos relations et de notre vie collective.

C'est dans cet esprit que je souhaite partager cette réflexion, avec l'espoir qu'elle puisse nourrir un dialogue ouvert et contribuer, à notre échelle, à une vie de village toujours plus respectueuse et constructive.

Mariona Casals Martin

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